Impossible pour un fan de mangas et d'animes tel que moi de ne pas aborder la montée en puissance du "phénomène manga" ces dernières années.
Pour faire simple, Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD (Association des journalistes et Critiques de Bandes Dessinées) a déclaré lors de la publication de son rapport annuel : "2005 a été l'année de la Mangalisation"
En effet, aujourd'hui un adolescent français (entre 9 et 13 ans) sur deux lit du manga, positionnant notre pays à la deuxième place des consommateurs de bandes dessinées japonaises, juste derrière le Japon.
Comment est-on passé du phénomène de la "Japoniaiserie" à celui de la "Culture manga" ?
Une production qui ne ralentit pas, loin de là :
La mangalisation se traduit par une augmentation constante des tirages par titre et du nombre de nouvelles oeuvres proposées aux fans. Sur les 2.701 nouveautés BD de 2005, 1.142 titres sont des mangas ou manwhas (BD asiatiques). Le phénomène n'est pas nouveau mais il n'a jamais pris autant d'ampleur que cette année.
En 1994, seulement 19 mangas étaient traduits sur le territoire francophone européen, en 2000 il y en avait 227, puis 269 en 2001, 377 en 2002, 521 en 2003 et 754 en 2004, soit une augmentation, pour cette année, de 388 titres (contre 233 et 35,56%, l'an passé).
Une demande de plus en plus forte que les éditeurs prennent à leur compte :
- Kana devient pour la première fois le leader du marché avec son titre phare : Naruto édité à 110 000 exemplaires.
- Glénat, longtemps inacessible grâce notamment aux ventes du manga Dragon Ball, est relégué à la seconde place avec des titres comme Gunnm (70 000 exemplaires) ou One Piece (50 000 exemplaires).
- Delcourt, qui vient de racheter Tonkam partage la seconde place avec des titres axés sur un public féminin : Fruits Basket (60 000 exemplaires) et Nana (40 000 exemplaires)
A noter également la rentrée fulgurante du petit nouveau : Kurokawa avec son premier titre Full Metal Alchemist qui atteint un tirage constant de 60 000 exemplaires dès les 3 premiers volumes. Sans parler de Pika, seul éditeur spécialisé manga resté indépendant, qui s'offre des tirages à 40 000 exemplaires avec des titres comme Tsubasa Chronicle et Negima.
La culture manga enfin acceptée ?
Les mangas ont fait leur entrée sur le territoire francophone sous la forme de dessins animés (Goldorak, Dragon Ball Z, Les chevaliers du Zodiaque, Princesse Sarah, Candy...) devenus mythiques pour des générations de téléspectateurs mais également décriés par de nombreux parents et pédagogues (Voir les membres du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel...)
Ce genre tellement critiqué pour sa violence, ses scénarios infantiles, voir ses scènes érotiques a su toucher un public réfractaire à la lecture et est devenu aujourd'hui très tendance, notamment grâce à la maturité des fans de la première heure.
Ainsi, Les éditeurs proposent les classiques du genre, le cinéma multiplie les adaptations, les journalistes célèbrent le génie de Osamu Tezuka, Jirô Taniguchi ou de Hayao Miyazaki, la grande distribution met en place des opérations spéciales dédiées au manga (Virgin, Carrefour...).
La transformation des métiers de la BD :
De plus en plus de dessinateurs ou de scénaristes (1 322 vivent de leur métier sur le territoire francophone) s'inspirent des codes graphiques (grands yeux, dessin stylisé…) et narratifs (peu d'ellipses, ne s'interdire aucun sujet…) des mangas.
Le nouveau label Cosmo des éditions Dargaud le prouve : on assiste à de nombreuses collaborations entre auteurs francophones et asiatiques afin de réaliser des oeuvres proches de la culture asiatique. Leurs concurrents ne sont pas en reste puisque quelques séries chez Delcourt ("Les légendaires", "Pixie", "La rose écarlate"…), Glénat, Soleil, Paquet ou aux Humanoïdes associés utilisent les mêmes méthodes.
Le catalogue de ces derniers rassemble des graphistes de diverses origines maîtrisant un trait où l'on sent la nette influence des BD asiatiques et américaines : nous dirigeons-nous vers un trait universel ?
Les médias ont flairé le filon :
La presse généraliste propose de plus en plus souvent des petits sujets autour du manga ou de l'animation japonaise. De même, de nombreux sites internets particuliers et professionnels voient le jour et développent la présence de la culture asiatique dans notre vie quotidienne. (Sidaction a même réalisé un "franga" sur le thème du sida : www.reseaupositif.net)
De plus, les mangas possèdent désormais leurs propres revues de pré-publications : Clamp Anthology, Coyote, D.Mangas, Mangas Hits... Malgré le fait que les magazines critiques ont plus de mal à exister (disparition du Virus Manga), le phénomène manga alimente les pages de tous les magazines, qu'ils soient spécialisés (AnimeLand, Mangajima, Mangascope…) ou non.
Espérons que l'année 2006 sera une fois de plus une bonne année pour le développement de la culture asiatique en France et en Europe.
Matteo pour E-asie